Tinos, et le village de Kardiani

Pourquoi Tinos vous paraîtra moins étrangère que vous ne l’imaginez

À Loutra, à vingt minutes d’ici, se dresse le couvent des Ursulines. Une école franco-hellénique pour jeunes filles venues de toute la Grèce, de 1862 à 1984. Des religieuses françaises étaient venues la fonder. Aujourd’hui, une grande partie du bâtiment est un musée : les ateliers, la pharmacie, les registres d’élèves, tout est resté en place.

Au village de Kardiani se dressent deux églises. Une orthodoxe et une catholique. Le village est partagé en deux et vit en bonne entente — ainsi depuis des siècles.

Et ce n’est pas seulement de l’histoire. Les familles d’ici continuent d’envoyer leurs enfants dans des écoles françaises. Votre langue n’a rien d’exotique à Tinos — elle est simplement rare dans les îles grecques.

Comment je suis arrivé ici

En 1999, alors que la Bourse d’Athènes semblait ne jamais devoir s’arrêter, j’ai décidé d’en retirer une part et d’acheter un terrain sur une île proche d’Athènes, pour y construire une maison pour ma famille nombreuse.

J’aurais pu acheter à Mykonos sans difficulté — c’était déjà l’endroit à la mode. Par chance, je suis passé d’abord par Tinos, cette île « faite à la main », et j’en suis tombé amoureux au premier regard.

Plus de vingt-cinq ans ont passé, et je découvre encore quelque chose à chaque séjour. Je ne m’en suis jamais lassé. Vous n’aurez pas le temps de tout voir — personne ne l’a. Voici donc ce que je recommande.

Kardiani

Le village de Kardiani est à mes yeux le plus beau balcon de la mer Égée. Des fontaines de marbre qui coulent toute l’année, de grands platanes, des ruelles pavées, des maisons blanchies à la chaux, et la baie en contrebas.

Les deux communautés du village célèbrent toujours Pâques ensemble. Cela vaut d’être vécu une fois dans sa vie. Sur la place, le lundi de Pâques, la fête commence tôt et dure jusqu’à l’aube : musique live, danses, tables couvertes de plats, raki, vin et bière, pour une participation symbolique.

Au village, installez-vous au « kafeneio » de Dimitra pour un café ou une bière, et goûtez ses tourtes. Pour un vrai repas à l’ombre des arbres avec vue sur l’Égée : « To Perivoli tis Kardianis ».

«La vue est absolument magnifique ! Il est rare de voir autant de mer et de ciel. […] Le village de Kardiani est, sans aucun doute, l’un des plus beaux de l’île, sinon des Cyclades.»

Maud — Paris, France · août 2018

Nos plages

La plage de Kalivia est à sept cents mètres de la maison. Nous l’appelons « notre cour ».

À Tinos, il y a du vent, et ce vent vient presque toujours du nord : c’est un vent qui rafraîchit. C’est la raison pour laquelle la température reste supportable même en août. C’est aussi une chose qui s’apprend : on apprend où se mettre à la plage. À Kalivia, le côté droit, près des rochers, est abrité — la mer y est comme un lac tranquille, alors que les vagues se brisent un peu plus loin. Même au mois d’août, quand j’y descends nager à dix heures du matin, la plage entière ressemble à une piscine privée. Ça se remplit dans l’après-midi.

Sur la plage, un beach bar respectueux du paysage sert des bières fraîches, des cocktails, du café et de quoi grignoter.

Dans la crique voisine, la baie de Giannaki, accroché aux rochers, se trouve le restaurant « O Dinos ». On vous accueille avec une « kakavia », une soupe de poisson, offerte. Le plat préféré de tous : les spaghettis aux crevettes et aux poivrons. Le poisson, quand il y en a, est toujours frais, et le poulpe grillé est mon « meze », mon entrée, à moi. En août, la réservation est indispensable. Dites-le-moi quelques jours à l’avance et je réserve moi-même une table à votre nom.

Un peu plus loin

  • Kolymbithra — vos plus grands peuvent y prendre des cours de surf.

  • Rochari et Apothikes — pour une balade et une baignade.

  • Livada — plus sauvage, avec une zone humide à côté et des chèvres sauvages sur le sable. Le fond descend brutalement : ne vous y baignez que par beau temps.

  • Apigania — l’une de mes préférées, mais il faut marcher et il n’y a aucune ombre.

  • Pachia Ammos — c’est là que mes enfants me demandaient d’aller quand ils étaient jeunes, pour les dunes.

Les Villages

Tinos compte cinquante villages et aucun ne ressemble au suivant.

Pyrgos — un musée du marbre à ciel ouvert ; chaque maison est une œuvre. Prenez un café et un « galaktoboureko », un gâteau traditionnel au lait, sous le platane centenaire. Visitez le musée Yannoulis Chalepas et le Musée du Marbre, où les enfants voient comment la pierre se travaille. C’est ici que se trouve l’École préparatoire et professionnelle des Beaux-Arts de Panormos — une école publique fondée en 1955, qui enseigne l’art du marbre d’une manière unique au monde.

Panormos — deux kilomètres plus bas. Ma taverne préférée pour le poisson frais : « Maistros ».

Ysternia — sur la plage du village, « Thalassaki », où la cuisine est un art. Des bateaux de plaisance viennent de Mykonos rien que pour y dîner.

Volax — un paysage lunaire. Les enfants adorent grimper sur les énormes blocs de granit arrondis.

Loutra — le musée des Ursulines, et le monastère des Jésuites.

Komi — c’est d’ici que viennent tous les légumes de l’île.

Kampos — pour le Musée Tsoclis.

Dyo Choria — sa place est à elle seule un décor de théâtre.

Et aussi Agapi et Triantaros.

Où je mange, à « Chora », la ville de Tinos

  • I Agkyra — poisson, qualité et prix justes.

  • O Tarsanas — une valeur sûre.

  • To Koutouki tis Elenis — excellente cuisine grecque.

  • Marathia — la haute gastronomie de l’île.

  • Drosia, à Ktikados — un kafeneio traditionnel et une cuisine de grand-mère, dans une très belle cour l’été, à l’intérieur du vieux café l’hiver.

Tinos est une destination gastronomique : des produits remarquables et une logique du circuit court. Je pourrais vous citer vingt autres adresses, mais les meilleures, vous les trouverez vous-mêmes.

«Loin de l’agitation des endroits bondés, vous avez tout à distance de marche : plages, tavernes et même plusieurs sentiers de randonnée pour rejoindre des criques ou le très joli village de Kardiani. Nous étions en famille avec de jeunes enfants : un endroit préservé du tourisme de masse, un cadre plein de charme et des tavernes tout près, c’était le mélange parfait.»

Julien — Saint-Ismier, France · août 2018

Mes propres adresses

Légumes de saison au marché, près du port. Œufs chez le primeur « Divolo ». Pain chez « Manelas ». Viandes, « louza » et saucisses chez « Boras ». Miel à la Maison du miel, à Pyrgos. Pâtisseries traditionnelles chez « Chalaris ». Glaces chez « Mesklies ». Et à la coopérative, tous les fromages de l’île — graviera affinée, « kariki », « tyrokafteri », « volaki », le petit fromage rond, le beurre frais — ainsi que des vins locaux rares.

La Vierge de Tinos et Kionia

Tinos est un lieu de pèlerinage depuis l’Antiquité. À Kionia subsiste le sanctuaire de Poséidon et d’Amphitrite, où les voyageurs faisaient halte sur la route de Délos.

C’est aujourd’hui l’un des plus grands lieux de pèlerinage du monde orthodoxe, grâce à l’icône miraculeuse de la Vierge. Le 15 août donne lieu à une grande fête — mais vous pouvez visiter et y allumer un cierge n’importe quel jour de l’année, à n’importe quelle heure.

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